19 critères, 53 indicateurs : c'est la grille que l'audit de la Caisse des Dépôts applique sur EDOF pour juger si un catalogue reste en ligne ou non. Le chiffre vient d'un référentiel réel, pas d'une rumeur de couloir, et il change la façon dont un organisme de formation doit préparer ses fiches.
Beaucoup d'organismes découvrent ce contrôle au pire moment : quand une fiche est déjà signalée, plutôt qu'en amont. Ce qui suit détaille ce que la grille regarde, qui est concerné, et ce qui se prépare avant plutôt qu'après.
Audit EDOF de la Caisse des Dépôts : actif depuis mars 2025, distinct de Qualiopi
La Caisse des Dépôts a lancé son programme d'audit qualité des catalogues EDOF en mars 2025, pas en 2026. Ce n'est donc pas une nouveauté de l'année : le dispositif tourne depuis plus d'un an.
Ce contrôle regarde le catalogue affiché sur Mon Compte Formation : intitulés, prix, contenus, cohérence avec la certification visée. Il est distinct de Qualiopi et se cumule avec lui, il ne le remplace pas.
- Qualiopi certifie votre organisation et vos processus pédagogiques.
- L'audit EDOF vérifie ce que raconte votre fiche produit, formation par formation.
- Être certifié Qualiopi ne met pas votre catalogue à l'abri d'une suspension EDOF.
Un organisme peut donc être parfaitement en règle côté Qualiopi et se faire épingler côté EDOF, simplement parce qu'une fiche annonce un contenu qui n'est plus dispensé tel quel.
Autre confusion fréquente : une vérification plus ancienne, centrée sur les conditions de référencement des organismes eux-mêmes, existe depuis plusieurs années. Elle regarde qui a le droit d'être présent sur la plateforme. L'audit qualité catalogue, lui, regarde ce que chaque organisme déjà présent affiche formation par formation. Les 2 coexistent, mais elles ne posent pas les mêmes questions.
Combien d'organismes sont concernés chaque année
Le volume donne une idée du sérieux du dispositif : environ 1000 organismes de formation sont passés en revue en 2025, puis chaque année suivante selon le même rythme (référentiel de contrôle qualité publié pour le CPF). Ce n'est pas un contrôle symbolique réservé à quelques cas isolés, mais une revue continue, reconduite chaque année sur un volume comparable.
La sélection ne suit pas un ordre alphabétique connu à l'avance. Un organisme peut être audité l'année de son inscription comme 5 ans après, ce qui rend la préparation en amont plus utile qu'une correction dans l'urgence une fois la notification reçue.
Les contrôles sont confiés à un prestataire externe mandaté par la Caisse des Dépôts pour la partie opérationnelle. L'auditeur travaille sur pièces et sur le contenu publié, pas sur un entretien oral improvisé.
Ce que la grille de contrôle regarde vraiment
Le référentiel utilisé pour ces audits compte 19 critères répartis en 53 indicateurs, sur le modèle de construction de Qualiopi mais avec un contenu propre, notamment sur la cohérence des prix. Dans les faits, les organismes concernés retrouvent des points de contrôle récurrents :
| Ce qui est vérifié | Ce que l'auditeur regarde |
|---|---|
| Intitulé de la formation | Correspondance exacte avec la certification RNCP ou RS visée |
| Prix affiché | Cohérence entre le tarif annoncé et le contenu réellement livré |
| Contenu pédagogique | Programme à jour, pas un texte générique recopié |
| Fiche formation | Alignement entre ce qui est écrit et la fiche de la certification |
Les organismes déjà passés par un contrôle rapportent les mêmes points de friction : des incohérences de données, des documents manquants (programme, certificat, feuille de présence) ou un catalogue qui ne colle plus à la certification.
La checklist pour construire un catalogue EDOF qui tient la route
L'audit n'est pas une loterie. Les points contrôlés sont connus à l'avance, ce qui veut dire qu'un organisme peut s'y préparer bien avant d'être tiré au sort. 4 vérifications suffisent à couvrir l'essentiel de la grille :
- Intitulés conformes : le nom de la formation reprend le libellé exact de la certification, sans raccourci commercial trompeur.
- Prix cohérents : le tarif affiché correspond au volume horaire et au contenu réellement dispensé.
- Contenus réels et à jour : le programme décrit ce qui se passe en formation aujourd'hui, pas une version obsolète.
- Cohérence fiche/certification : les compétences visées sur la fiche EDOF matchent celles du référentiel de certification.
C'est exactement le travail qu'on mène en amont pour transformer un référentiel de certification en catalogue EDOF présentable : cadrer les objectifs et les modalités avec l'offre réelle avant même de songer au dépôt, pour qu'il n'y ait rien à corriger en urgence le jour d'un contrôle.
Une astuce simple aide à garder cette checklist vivante : relire chaque fiche produit comme si un auditeur externe la découvrait pour la première fois, sans le contexte que vous avez en tête. Si une phrase demande une explication orale pour être comprise, elle demande aussi une réécriture sur la fiche.
Les erreurs qui déclenchent une suspension
Un audit défavorable ne se traduit pas toujours par une exclusion immédiate. À l'issue de l'audit catalogue, l'auditeur peut d'abord formuler des recommandations pédagogiques, avant qu'une série de sanctions ne soit engagée si les manquements se confirment. Sur le volet distinct du référencement des organismes, la Caisse des Dépôts applique par ailleurs un mécanisme de procédure contradictoire pouvant déboucher sur une suspension ou une exclusion de la plateforme.
- Données incohérentes entre le prix, la durée et le contenu annoncé.
- Documents manquants : programme détaillé, attestation de certification, feuille d'émargement type.
- Offre non certifiante alors que la fiche laisse entendre le contraire.
- Prérequis annoncés mais jamais vérifiés à l'inscription.
Chacun de ces points se corrige avant l'audit, à froid, plutôt qu'en urgence pendant le délai de mise en conformité qui suit un contrôle défavorable.
Ce délai de régularisation laisse le temps de répondre et de corriger, mais il se compte en jours, pas en mois. Un organisme qui découvre ce jour-là qu'il doit refaire 10 fiches produit part avec un handicap qu'un catalogue tenu à jour aurait évité.
Dans les cas les plus lourds, la suspension coupe l'accès au financement CPF pour les formations concernées le temps de la régularisation. Pour un organisme qui vit en grande partie de ce canal, l'impact se voit sur le chiffre d'affaires du trimestre, pas seulement sur un tableau de conformité interne.
Qualiopi, autoévaluation, audit EDOF : ne pas confondre les 3
Un aparté utile pour ne pas mélanger les dispositifs. En parallèle du programme d'audit, la Caisse des Dépôts a publié en mai 2025 un guide d'autoévaluation destiné aux organismes eux-mêmes, structuré autour de critères regroupés en 3 grandes thématiques : qualité de la formation, conditions de sa mise en œuvre, adéquation avec le projet professionnel du bénéficiaire.
Ce guide d'autoévaluation n'est pas la grille utilisée par les auditeurs externes : c'est un outil de préparation, à utiliser avant, pas un substitut au contrôle lui-même. 3 dispositifs coexistent donc, avec 3 objets différents : Qualiopi juge l'organisation, le guide d'autoévaluation aide à se corriger soi-même, l'audit qualité vérifie le catalogue publié.
Un dossier de référencement propre en amont, sur la partie déclarative de votre espace EDOF, complète naturellement cette préparation : c'est le périmètre couvert quand on prépare un dossier de demande EDOF avec les documents attendus, checklists et modèles à l'appui. Un dossier de départ bien construit réduit d'autant le nombre de fiches à reprendre le jour où l'audit qualité tombe.
Ce qui change concrètement pour un organisme aujourd'hui
Concrètement, un dirigeant d'OF ou un formateur indépendant qui vend sur CPF a intérêt à traiter son catalogue EDOF comme un document vivant, pas comme une formalité remplie une fois puis oubliée.
- Revoir chaque fiche produit au moins une fois par cycle de certification.
- Vérifier que le prix suit le contenu, pas l'inverse.
- Garder sous la main les documents que l'auditeur va demander en premier.
- Ne jamais présumer qu'une certification Qualiopi couvre aussi ce volet.
Dans la pratique, la plupart des organismes traitent leur fiche EDOF une fois, au moment du dépôt, puis n'y reviennent qu'à l'occasion d'un renouvellement de certification. Or le contenu d'une formation évolue plus vite que le cycle Qualiopi : un module ajouté, un tarif révisé, une certification mise à jour par France Compétences. Chacun de ces changements demande une mise à jour de la fiche correspondante, sans quoi l'écart se creuse avec ce qui est réellement dispensé.
Certains organismes découvrent d'ailleurs ce contrôle au moment même où ils demandent leur accès EDOF pour la première fois : dans ce cas, autant intégrer les étapes de déclaration et de gestion EDOF dès le départ, catalogue compris, plutôt que de les traiter après coup.
Le volet administratif ne dispense pas du catalogue
La déclaration administrative elle-même, elle, obéit à ses propres règles : représentant légal, référents, mise à jour des CGU de Mon Compte Formation. Ces obligations sont documentées à part, notamment dans le point sur la version 15 des CGU Mon Compte Formation, mais elles ne dispensent pas d'un catalogue propre.
Les 2 volets avancent en parallèle : la partie administrative prouve qui vous êtes, la partie catalogue prouve ce que vous vendez réellement. L'audit qualité ne regarde que la seconde, mais un dossier administratif bancal attire rarement moins d'attention.
En résumé
L'audit qualité EDOF de la Caisse des Dépôts n'est pas un nouveau dispositif 2026 : il tourne depuis mars 2025, sur une grille connue de 19 critères, et il ne remplace rien de Qualiopi, il s'y ajoute.
- Vérifiez vos intitulés face au libellé exact de la certification visée.
- Alignez le prix affiché sur le contenu réellement dispensé.
- Tenez vos programmes à jour et gardez les justificatifs disponibles.
- Ne confondez pas guide d'autoévaluation, Qualiopi et audit EDOF : les 3 coexistent.
Un catalogue construit proprement dès le départ, en pensant à aligner intitulés, prix et contenus sur la certification visée avant le premier dépôt, traverse ce type de contrôle sans mauvaise surprise, bien plus simplement qu'une correction après une lettre recommandée.
La question à se poser n'est pas de savoir si l'audit tombera un jour sur votre organisme, mais dans quel état vos fiches seront ce jour-là. Un catalogue tenu à jour toute l'année répond déjà à la moitié de la grille avant même l'ouverture du dossier.

